Actualité
ABAVBA
Dans la maison de Karima Saidi

🇧🇪-«Dans la maison», un documentaire de la Belgo-marocaine Karima Saïdi sur l’Alzheimer

ABA VBA20 juin 2021930 vues

Réalisé par la Belgo-marocaine Karima Saïdi, le documentaire «Dans la maison» a été projeté en avant-première, jeudi à Bruxelles au Cinéma Palace. En Belgique, il sortira en salles le 23 juin, tandis qu’une diffusion est prévue en juillet sur la RTBF, puis sur 2M à une date ultérieure, puisque la chaîne marocaine a participé à la coproduction du film. Prix spécial du jury du festival Millenium à Bruxelles.

...Suite : https://www.yabiladi.com/articles/details/111360/dans-maison-documentaire-belgo-marocaine-karima.html

« Dans la maison » est un film intimiste sur une facette de l’histoire de l’immigration marocaine en Belgique, contée par une mère et sa fille qui se retrouvent après des années de séparation. Mais c’est aussi un documentaire sur la mémoire, celle qui s’obscurcit au terme d’une vie, celle qui inverse alors les rôles entre un parent et son enfant, jusqu’à les libérer d’un passé douloureux...À travers le parcours singulier de sa mère Aïcha qui a quitté son pays natal en 1967 pour s’installer à Bruxelles, Karima Saïdi nous raconte un pan de l’histoire de l’immigration marocaine en Belgique. De la vie dans une ruelle de Tanger jusqu’à un appartement bruxellois. « Dans la maison » dévoile progressivement une existence faite de mariages, de séparations et de deuils qui, entre respect de la tradition et libéralisme fragile, dessinent par petites touches le portrait d’une mère de famille forte. Cette histoire, le film l’écrit d’abord à l’aide de paroles échangées entre la réalisatrice et sa mère durant les dernières semaines de vie d’Aïcha qui souffre de la maladie d’Alzheimer. Parfois, les mots murmurés sont à peine audibles, parfois ils surgissent, comme s’ils avaient été retenus trop longtemps. Mais à chaque phrase, ils nous permettent de découvrir le parcours d’une femme dont les choix de vie, contraints ou volontaires, l’ont conduite à affronter de multiples exils. Car « Dans la maison » raconte aussi les exils intérieurs, les écarts à soi et aux normes qu’une mère et sa fille ont intériorisées avant d’oser parfois les interroger, chacune à leur rythme. Le récit d’Aïcha est guidé par les questions que se pose sa fille : comment vit une femme divorcée dans une communauté marocaine des années 1960 ? Pourquoi les femmes n’ont-elles pas le droit d’enterrer leurs frères ? Une épouse sait-elle guérir son mari ? Une fille peut-elle protéger sa mère malade ? En esquissant toutes ces interrogations, le documentaire de Karima Saïdi dépasse sa seule vocation historiographique d’un film sur l’immigration marocaine ; il opère un retour sur le cœur même de la question de l’ « intégration » qui sous-tend les parcours de vie de la réalisatrice et de sa mère : comment vivre en paix avec soi-même lorsque l’on est tiraillé par tant d’interdits genrés imposés par la religion, la famille, la culture et l’histoire ? Cette question centrale dans le film, Karima Saïdi la décline aussi par des choix esthétiques radicaux. Ainsi, le visage d’Aïcha n’apparaît pour la première fois qu’après cinq minutes de film, sur une photo presque floue qui exprime toute la difficulté de filmer une mère malade sans impudeur. Et ce n’est qu’au terme d’une heure qu’elle devient image en mouvement, nous adressant alors un regard caméra hagard qui, entre abîme et lucidité perçante, dit toute une vie et sa fin proche. Autour des portraits, essentiellement photographiques, gravitent une multitude de photos et des vidéos tirées des archives familiales. Par leurs échanges qui agissent comme des commentaires en off, Aïcha et Karima révèlent progressivement tous les non-dits de ces souvenirs en images, tout ce qu’ils tentent de masquer mais qu’ils trahissent pourtant : la séparation des hommes et des femmes, les sourires qu’on ne peut plus forcer quand on est « l’exilée », « la divorcée », « la veuve ». Mais « Dans la maison » ne cède jamais à la mélancolie, car les mots de Karima Saïdi et de sa mère font aussi apparaître peu à peu la liberté éclatante de deux femmes qui ont dépassé les interdits, culturels, religieux et sociaux. En ce sens, le geste cinématographique qui fonde « Dans la maison » est résolument libératoire. Car il traque et déjoue, dans l’acte de filmer lui-même, toutes les normes qui auraient dû, pourtant, rendre ce film impossible.Jeremy Hamers (novembre 2020)

Source : «Dans la maison», un documentaire de la Belgo-marocaine Karima Saïdi sur l’Alzheimer &  Dans la maison &  Karima Saïdi primée en Belgique pour son documentaire « Dans la maison »

 

Articles similaires